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samedi 20 octobre 2012


Seul autour du monde, une histoire du Vendée Globe
scénario Alexandre Chenet, dessin Renaud Garreta
bande dessinée en librairie depuis le 19 octobre 2012


Texte de la dernière planche (sans dessin, page 59) : 
 Entre fiction et réalité…
Être si longtemps dans le même endroit et pourtant sans cesse se déplacer. N’avoir tant rien à faire et ne pas même trouver le temps de dormir, toujours quelque chose à réparer, à régler, à étudier. Être seul et pourtant ne cesser de penser, dialoguer avec soi-même, confronter des idées. La différence entre le dedans et le dehors n’est plus, on est tout. Et c’est pour cela que le réel, toujours, commande, et c’est pour cela que l’imaginaire, toujours, dispose.
On change, on progresse, on se transforme, et lorsque l’on touche à nouveau terre, on revient. Tout revient. En gardant traces de la mer, on l’invite à terre. Entre fiction et réalité.

Renaud Garreta, Alexandre Chenet

lundi 11 juin 2012



7 lectures d'œuvres de Francisco Coloane, Bruce Chatwin, 
Patricio Manns et Luis Sepúlveda, en ligne sur www.patagonia2009.com : 

vendredi 2 décembre 2011


Ex-libris pour le livre Macanarflaarabia
d'Alexandre Chenet, Fabien Pérouze et Nicolaï Maldavsky 

lundi 7 novembre 2011


Décembre 2009, Paris, Barbès, une salle de concert noire, un cube moderne, froid, Fantazio sort un nouvel album, son deuxième, et le fête sur scène.
De la manche dans le métro avec sa contrebasse pour seul soutien, aux squats où les bananeux se perdaient dans un champ de crêteux, ou peut-être l’inverse, je ne sais pas à quoi m’attendre ce soir. Fantazio fait partie de la nébuleuse indépendante qui tend, depuis plus de trente ans qu’elle ne cesse de muter, à englober des styles et des approches musicales de plus en plus divers.
La salle affiche complet et je m’étonne du mélange que je découvre là. Une copine et quelques autres de l’aire des squats parisiens des années 90, des trentenaires que je soupçonne lecteur de Télérama, des psychos, de ceux cités plus haut, et jusqu’à un de mes anciens patrons (!…) qui semble, même là, fier de sa classe.


La scène paraît trop petite pour accueillir les instruments posés épars, pas mal de micros aux spécificités inconnues du profane et un grand dégingandé en pâle chemise hawaïenne (premier contre-pied ?) protégé derrière sa contrebasse. On a toujours l’air grand et dégingandé derrière une contrebasse, la chemise par contre… Certainement la touche Fantazio. Il parle, il parle, il parle, s’appuyant sur son instrument comme on imagine Verlaine ou Rimbaud déclamant sans queue ni tête, comptoir en place de contrebasse, volumineuse béquille. C’est de l’italien, mais tout m’indique que ceux de mes voisins qui entendent cette langue ne comprennent pas plus que moi. Et quand Fantazio passe au français, la signification du babil me reste tout aussi hermétique mais m’emporte dans un voyage pour je ne sais où. Magie de la musique des mots pour qui sait les choisir. Manifestement, lui, le sait.
Premières notes, sons éclectiques, l’ensemble du groupe entre en scène. Eux aussi, à l’image du public, semblent parfois déboussolés par le jeu de celui qu’il convient à présent d’appeler le chef d’orchestre.

C’est à un voyage musical auquel nous sommes conviés. Fantazio joue sans nous imposer son discours. Il propose. La musique se fait conceptuelle, pas de celle aux sons disparates, pas de celle à la déconstruction recherchée et souvent hermétique, mais de celle qui ne nous oblige pas à emprunter un chemin balisé.
Le spectacle m’entraîne dans une errance d’émotions et de réflexions. Je flotte dans mon propre univers, la musique me fait dérouler un fil de pensées personnelles. Des émotions et des sensations naissent, évoluent, naviguent au gré des sonorités.
Jusqu’à quatorze personnes sur scène dont un peintre projetant des images mouvantes proches du psychédélique. Dommage que l’espace du concert ne propose que le traditionnel face-à-face, groupe au-dessus, public en dessous, debout. J’aimerais m’asseoir pour complètement me relâcher dans la perception musicale.
Fantazio me paraît mal à l’aise et énervé, réclamant du public une réaction immédiate à sa musique dont l’écriture me semble ne pouvoir relever que d’une longue recherche artistique. Comment peut-on réclamer une compréhension immédiate puis, dans la foulée, une réinterprétation d’un discours artistique mûri par un long travail, une longue recherche, la création d’un langage musical ? Et ce langage, celui de ces musiciens, ne relève pas de stéréotypes, d’artifices techniques.
Un bon musicien sait aujourd’hui comment déclencher telle ou telle émotion, il sait guider le spectateur vers un point, une émotion, un discours. Mais il sait aussi ne pas utiliser ces techniques, proposer d’autres chemins d’écoute, au risque et à la joie d’emmener sans contrôler ce même spectateur en des territoires où seul lui est l’interprète. Fantazio fait partie de cette deuxième catégorie de musicien.
Son écriture ne cherche pas à déclencher une émotion définie, elle laisse libre l’auditeur de ses réactions, ses propres émotions, refusant d’utiliser un genre, un style, une culture, une habitude. Ou comment inviter le spectateur à venir vivre son propre parcours artistique plutôt que de lui proposer, imposer, le parcours du compositeur.
Pas de refrains ou si peu, pas de phrases mélodiques au but programmé qui nous dictent la marche à suivre. À nous de nous inventer l’histoire, de nous créer un chemin émotionnel, peut-être bien loin du sien. Qu’importe.
Sur scène, ce soir-là, Fantazio délivre un ensemble proche d’un album de free jazz. D’un album, pas d’un concert car curieusement, il ne semble pas y avoir grand place à l’improvisation, peut-être l’un de ses regrets. Du free jazz avec, aux tripes, cette effervescence musicale qui n’en finit pas de renaître ou de mourir : les 70’s, 80’ s, 90’ s, punk, psycho, rockab’…

Après trois heures de concert, autre performance à mettre à son actif, Fantazio annonce la fin du voyage musical. En douceur, j’atterris avec ce syllogisme en tête : une jeunesse mature.

Se plonger dans la création de ce musicien ne peut qu’être bénéfique car relevant d’une expérience artistique, bonne ou mauvaise, à chacun d’apprécier, mais une expérience quoi qu’il advienne, et donc, à vivre.

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Article publié dans les pages culturelles du journal Le Combat syndicaliste. Texte et illustration d'Alexandre Chenet.

mercredi 5 octobre 2011

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Je suis d'un pays où règne le maître-vent à ses heures. La mer et la terre lui  sont également soumises, les hommes lui doivent la meilleure part de ce qu'ils sont. Je ne crois pas qu'il ait un seul habitant de ces parages, homme ou femme, qui ne soit redevable au vent, galerne ou suroît, de cette alacrité physique et morale qu'on appelle startijenn. Sans lui, beaucoup d'entre nous écouteraient probablement les voix insistantes de la fatalité qui susurrent d'abandonner toute entreprise et de s'asseoir au pignon de la maison pour attendre advienne que pourra. Mais le vent nous tient en joie et en souci. Il nous pousse dans le dos pour nous forcer à l'aventure quotidienne. Il nous gifle la face pour nous faire bander nos muscles et jurer les sept cents barriques de tonnerre. Il nous sale de pluie comme on fait de la chair des cochons de bonne race que l'on veut empêcher de pourrir. Ils secoue, il malmène, il bouscule, il nourrit notre carcasse de ses bourrades et notre esprit se tient en éveil, constamment agressif, aux aguets des coups durs et des revanches sur la vie. Comme il nous trempe le bougre ! Non, ce seigneur invisible n'est pas indifférent à nos gravillons humains qui lui encombrent l'œil. On peut dire qu'il nous aime si l'on en juge par la constance qu'il met à nous étriller. D'ailleurs, il est vivant, c'est tout dire, et fou déchaîné, ce qui nous convient parfaitement. Que deviendrions-nous sans lui ?

Du plus loin qu'il me souvienne, je l'entends qui mène son grand jeu par le pays. Il gronde, il siffle, il chuinte, il miaule, il sanglote, il s'étouffe de rire, il chante à travers les murs de galets et de pierres plates. Sur son passage claquent les ailes de moulins, les draps et les hardes qui sèchent sur leur fil, les lourdes robes des femmes, les rubans de leurs coiffes, les bannières des procession, les ardoises descellées sur les toits, le seau de Marie-Jeanne Kerveillant sur la margelle de son puits. Des sabots abandonnés sur un seuil s'entrechoquent avec des bruits de noix creuses avant d'aller baguenauder par le quartier. Dans les champs, les vaches s'arc-boutent sur leurs quatre pattes et présentent leur arrière-train au vent comme si elles voulaient se faire féconder par lui. Déjà , les petits pâtres sont mussés dans les arbres creux quand il s'en trouve, ou allongés dans l'herbe tout du long de leur corps. Quand ils se mettent debout, c'est pour jouer à se faire pousser par le vent, paletot déployé, sans autre effort que de manœuvrer les jambes pour garder l'équilibre. Je vous laisse imaginer quelle ivresse icarienne est la leur. Demain, les journaux marqueront que le vent a galopé à cent-vingt kilomètres à l'heure sur la pointe de Penmarc'h. Et Alain Le Goff me dira : "Cette fois-ci, le maître-vent est venu lui-même."

Regardez-le ! Autour des fermes, les bouquets d'arbres sont retroussés vers l'est par de terribles coups de peigne. On les dirait meulés sur la face qui reçoit la bourrasque. À part le chardon bleu des dunes, il n'est pas une plante qui ne plie sous le maître-vent. Et pendant qu'il y est, il fait le ménage du ciel à fond. Ce n'est pas le soleil qui en serait capable, paresseux qu'il est ! L'ombre des nuées dérive sur la terre dans les abois des chiens. Les gens doivent crier pour se faire entendre à deux pas. Quand la tourmente a cessé, ils se curent les oreilles, secouent la tête un bon coup pour reprendre leurs esprits. C'est alors qu'ils se sentent rechargés en startijenn. Il leur vient une envie de rire. Fade et vieux leur paraît le soleil.

Notre vent serait capable de souffler sans arrêt. S'il ne le fait pas, c'est parce qu'il veut jouir de son œuvre. Il a nettoyé la côte et la campagne. Les couleurs sont plus vives, les lignes et les volumes plus fermes. La lumière est aussi fraîche qu'au premier matin de la Création. Et voilà les Bigoudens qui naviguent dans tout cela, pareils à des poissons dans un aquarium dont on a changé l'eau. La voix de Corentin est plus profonde, celle de la grande Anne éclate en fanfare. Ils sont lavés à l'intérieur de la tête aux pieds.

Ce soir, le ciel est rouge sur la mer, d'un rouge inégal et mal baratté, mais étrangement immobile. En descendant au bourg, Henri Bruno a dit à Naïg le Dréau : "Il y aura du vent fou demain si la lune s'y met." Il faudra observer la lune tout à l'heure pour voir si elle est cerclée de loin ou de près. Mais la lune se moque rarement de l'horizon de mer. […]


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Le 21 juillet 2011, je publiais sur le site www.patagonia2009, un extrait, coupé, du Cheval d’orgueil, de Pierre-Jakez Hélias paru en 1975 dans la magnifique et sans égal collection Terre humaine. Voici l'extrait dans son intégralité.